Interviews des membres du jury

Christine Fabresse

Christine Fabresse

Présidente du Directoire de la Caisse d’Epargne Languedoc-Roussillon

Christine Fabresse, vous êtes Présidente du Directoire de la CELR, « Innover à la campagne »,  ça évoque quoi pour vous ?

 J’ai grandi à Port Vendres, une petite ville des Pyrénées Orientales et je suis très attachée à notre région. C’est une terre de contrastes, c’est ce qui fait sa richesse : nous avons la mer, la montagne, des zones de population denses et des zones peu peuplées, une métropole, des villes et des campagnes…

Le Languedoc Roussillon est aussi un territoire d’entrepreneurs  animés par la même volonté d’entreprendre et ce dans nos 5 départements, en zone urbaine comme en zone rurale. L’innovation n’est pas l’apanage des grandes villes, elle est partout, portée par ces porteurs de projets de talents qui entreprennent là où ils ont envie de vivre !

Pourquoi avez-vous choisi, avec la Caisse d’Epargne Languedoc Roussillon, d’être partenaire du Prix « Innover à la Campagne » ?

La Caisse d’Epargne Languedoc Roussillon est une banque régionale. Nous sommes liés à notre territoire, à ses habitants et ses acteurs économiques. Durant les 3 dernières années, nous avons débloqué + 7 mds € pour financer les projets des habitants, des entrepreneurs ou des collectivités. Nous fonctionnons comme une PME. Nous décidons localement en grande proximité avec beaucoup de réactivité. Nous partageons avec les chefs d’entreprise les mêmes priorités, les mêmes enjeux et les accompagnons pour créer, avec eux, de la valeur pour l’ensemble de notre territoire. Etre partenaire du prix « Innover à la Campagne », c’est poursuivre notre engagement pour promouvoir et favoriser la vitalité de notre région… de l’ensemble de notre région, aussi bien en ville qu’à la campagne !

Comment la CELR soutient-elle l’Innovation au niveau régional ?

De plusieurs manières :

Nous accompagnons l’innovation depuis longtemps, avec notre participation dans IRDI SORIDEC, spécialisé dans le capital investissement. Nous avons aussi lancé fin 2017 un dispositif totalement innovant, NEOBUSINESS pour accompagner et contribuer à développer l’activité des start-up. Nous avons également noué de nombreux partenariats avec l’éco système innovant : par exemple en contribuant au fonds Créalia, en étant présent dans les comités de sélection d’AXLR…

Au-delà des start-up, nous savons que notre territoire est riche, depuis longtemps, de belles PME innovantes, qui sont bien installées. Nous travaillons par exemple avec CALLIMEDIA, qui nous accompagne dans nos projets digitaux sur le volet formation innovante.

Enfin, nous faisons partie de groupes de travail et de réflexion liant secteur public et secteurs privé. A travers tous ces leviers, nous contribuons à l’attractivité et la compétitivité de notre territoire, de ses villes comme de ses campagnes !

On se retrouve donc le 16 novembre sur le site du Pont du Gard pour la cérémonie de remise des prix ?

Oui, avec grand plaisir puisque j’ai la chance de faire partie du jury ! A cette occasion, plusieurs prix seront décernés. La Caisse d’Epargne Languedoc Roussillon remettra un prix spécial «Grand Prix Territoire Languedoc Roussillon ». Le lauréat bénéficiera d’un mentoring par le comité d’experts de Neobusiness réunissant 3 entrepreneurs reconnus du territoire et 4 experts de la Caisse d’Epargne et d’une mise en valeur dans les médias spécifiques… Car nous avons à cœur de favoriser nos pépites !

Catherine Marlas

Catherine Marlas

Vice-Présidente de la Fédération des Parcs naturels régionaux

Pouvez vous présenter la Fédération des PNR en quelques mots ?

En plus de ses missions de représentation des 52 Parcs naturels régionaux, la Fédération les appuie notamment dans le cadre de leur mission d’innovation en accompagnant la mise en œuvre d’expérimentations et en favorisant le transferts d’expérience et de bonnes pratiques.

Quels enjeux vous semblent cruciaux dans la thématique de l’innovation entrepreneuriale en milieu rural ?

Les territoires ruraux habités et espaces d’activités comme les Parcs naturels régionaux ont besoin de se renouveler et de se diversifier grâce à la mise en place de projets entrepreneuriaux.
L’accompagnement à l’émergence d’activités est alors l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes d’entrepreneuriat plus adaptées à des espaces moins densément peuplés, d’innover dans le domaine socio-économique (pratiques RSE, d’économie circulaire, de proximité…) mais aussi de contribuer à des enjeux de gestion durable des ressources, de réponse à des besoins non satisfaits et de renouvellement du tissu sur ces territoires.

En quoi est-elle en lien avec la dynamique et l’action des Parcs ?

Dans les Parcs naturels régionaux, le développement passe d’abord par la valorisation socio-économique de leurs patrimoines et des ressources locales remarquables. Le pari est de considérer que leur préservation est source de création d’activités et d’emplois.
C’est dans ce contexte de forts enjeux que la Fédération des Parcs au côté des Parcs a largement investi la question de l’émergence d’activités depuis une vingtaine d’années en organisant :
• des formations et des séminaires sur l’organisation territoriale autour de l’accueil de porteurs de projets et la plus value de ces approches ;
• des études s’appuyant sur des cas pratiques d’accueil de nouvelles activités ;
• la promotion d’offres dans les Parcs (participation à « Projets en campagne », partenariat médias et création d’une bourse aux opportunités de création/reprise sur le site Fédération) ;
• le renforcement des liens avec des partenaires de la création d’activités (France initiative, réseaux coopératifs…) et la promotion d’outils et de dispositifs (SCIC, CAE…).

Depuis 2014, en partenariat avec Territoires conseils/CDC, la Fédération des Parcs a proposé à des Parcs d’expérimenter des fabriques à projets.
Il s’agit essentiellement de travailler sur les méthodes d’accompagnement à l’émergence de projets collectifs notamment dans les phases amont de détection de besoins/opportunités et de passage de l’idée au projet. L’objectif est de faire en sorte que davantage d’initiatives économiques aboutissent (autour par exemple des circuits courts, de filières, de valorisation énergétique, de plateformes de réhabilitation, de produits touristiques collectifs, de nouveaux services, de tiers-lieux…).

Avez vous un exemple en tête d’entreprise innovante en milieu rural qui vous semble particulièrement exemplaire ? Si oui pourquoi celle-ci ?

Plusieurs type de démarches d’émergence d’activités innovantes peuvent être évoquées dans les Parcs :

• Création d’une SCIC associant des acteurs privés et publiques développant plusieurs activités de production, de formation, de recherche, de médiation autour de la valorisation d’une ressource emblématique du territoire (exemple Okhra dans le Parc du Luberon) ;

• Création d’une activité de production d’énergie renouvelables dans le cadre d’une démarche participative (Centrales villageoises, SCIC ou SAS ou SEM de production d’énergie éolienne, photovoltaïque ;

• Création d’activités autour de la rénovation énergétique des bâtiments ou de l’éco-rénovation de bâti (filière éco matériaux, démarches groupées de savoir-faire : Gâtichanvre dans le Gâtinais français, Ecopertica dans le Perche).

Bernard Chevilliat

Bernard ChevillIat

Fondateur de Melvita

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

En 1977, je suis parti de mon Bordeaux natal pour m’installer en pleine nature en Ardèche où je demeure depuis. Biologiste de formation, apiculteur professionnel pendant une dizaine d’années, je suis devenu industriel de la diététique et surtout de la cosmétique à partir de 1983 avant de devenir éditeur et journaliste en 2014 lorsque j’ai cédé ma première entreprise. Entre temps j’ai participé à la mise en œuvre de la certification bio de la cosmétique et à l’animation de l’association COSMÉBIO, qui en assurait la promotion, dont j’ai été le président puis le vice-président pendant dix ans. J’ai aussi dirigé pendant quatre ans le Laboratoire de Recherche et Développement de L’Occitane-en-Provence. Aujourd’hui j’opère également aux côtés de Pierre Rabhi et de son Fonds de dotation.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la thématique de l’innovation entrepreneuriale en milieu rural ?

Mon parcours montre un attachement viscéral à la nature et à la ruralité. Innover en milieu rural me semble la clé de l’avenir en terme même d’aménagement du territoire. On y gagne en disponibilité et en motivation des salariés. D’expérience, je sais que l’encadrement est parfois plus difficile à recruter mais la qualité générale de l’effectif et de l’ambiance au travail supplée largement à ce handicap.

En quoi est-elle en lien avec votre parcours ?

Il y a 35 ans, mon frère et moi, nous avons créé MELVITA, une marque de produits cosmétiques biologiques et écologiques initialement implantée dans une ferme apicole dont le slogan était « la nature au cœur ». Toujours au cœur de la nature en Ardèche méridionale, et essentiellement diffusée en magasins bio et en pharmacies, elle est devenue depuis leader au plan national et depuis une dizaine d’années elle connait une forte expansion à l’international et notamment au Japon et dans toute l’Asie. En 1987, j’ai aussi crée – toujours en pleine nature – une entreprise de sous-traitance cosmétique et de savonnerie qui a pu opérer pendant 20 ans pour les plus grandes marques du marché international. Aujourd’hui, toujours en Ardèche, j’ai créé avec mon épouse une maison d’édition et de presse (HOZHONI / ULTREÏA !) qui est diffusée au plan national.

Avez vous un exemple en tête d’entreprise innovante en milieu rural qui vous semble particulièrement exemplaire ? Si oui pourquoi celle-ci ?

En région, on sait qu’il y a un réseau extrêmement dense de TPE/PME qui tirent leur épingle du jeu en dépit de l’éloignement du pouvoir décisionnel des grandes métropoles. Néanmoins un des meilleurs exemples de réussite et de capacité à innover en milieu rural me semble être l’entreprise PETZL de Crolles, en Isère, aujourd’hui dirigée par Paul Petzl. Elle existe depuis trois générations et offre du matériel de sécurité en montagne et des lampes frontales qui font référence dans le monde entier. Tout ce qui est vertical les passionne ! Que souhaiter de plus ? Leur capacité à innover et leur volonté de répondre aux exigences de leur marché sont réellement impressionnantes.